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Pseudo: Boughachiche. MyriamCatégorie: Art et cultureDescription:
Le monde moderne veut que le mythe disparaisse du champ culturel pris au sens péjoratif de mensonge alors qu'il est à l'origine l'horizon de toute culture.Ces deux interprétaions le positionnent.Faut-il accepter l'une ou l'autre? C'est à vous de juger.
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Univers mythique

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Jeudi 20 Avril 2006

 

 

La Kahéna est la reine berbère, qui résista à l'envahisseur arabe après la mort de Kusayla en tenant tête aux orientaux. Kahina, Surnom de la reine des Aurès signifie la Prophétesse pour certains et la traîtresse pour d’autres. E.F.Gautier, rappelle que le nom de Kahéna signifie « sorcière », « prêtresse », elle a ce nom dans les trois langues l’hébreu, l’arabe et le punique. Il ajoute qu’elle a un caractère sacré.
Le personnage de Kahina ou Dihya, de religion juive ou animiste, est connu historiquement dans tout le Maghreb pour avoir dirigé une opposition farouche contre les conquérants arabes, dans l’Aurès algérien.
La reine a pratiqué la politique désespérée de la terre brûlée, détruisant les villes et brûlant les plantations pour décourager les Arabes. Mais cette politique met à mal la population citadine (grecque et berbère) et campagnarde. Ibn al-Nu'man profite de cette situation et reprend l'offensive.
Mais à la veille de la bataille, la Kahéna, sentant sa fin s’approchait, ordonna à ses deux fils de rejoindre les rangs des Arabes, ils ont reçu un commandement afin de mener la guerre contre les Berbères comme le prétendent certaines sources.
Une autre version, celle de Gautier précise qu’avant la bataille, elle a pris de la farine d’orge qu’elle a aggloméré avec de l’huile et qu’elle a placée sur ses sein, puis a appelé ses deux enfants et la leur fit manger avec Khaled, le prisonnier arabe, sur sa poitrine selon un rite de fraternité, un rite d’adoption, ce qui a augmenté la colère de son peuple.
La dernière bataille eut lieu à Tabarqa. La Kahéna y fut vaincue et décapitée au lieu dit, depuis, Bir al-Kahina (le puits de la Kahina) alors que d’autres affirment qu’elle s’est laissée mourir au fond du puits. Cette défaite signa son exil et son reniement, son existence sera l’objet d’une amnésie voltaire au cours de l’Histoire du Maghreb.
L'histoire de cette femme fougueuse et indomptable a fait matière de plusieurs œuvres romanesques et les romanciers s'en sont emparés. Elle est devenue un mythe pour des raisons historiques et biographiques : sa vie et son passage d’une femme reine berbère à une guerrière redoutable, de la gloire à l’obscurité et de l’admiration à l’exil et le reniement. Il s’agit d’une histoire qui a le caractère d’une tragédie. Elle incarne, après sa mort, dans les temps difficiles du colonialisme, l’exaltation de l’amour de la terre et la résistance contre l’envahisseur, figure de l’autochtonie.
Comment est-elle devenue un mythe littéraire ? En s’accrochant à l’Histoire pour être représentée comme personnage héroïque saisi entre l’ascension et la chute, la transgression et le châtiment ; elle devient figure à la fois valorisée et dévalorisée à partir d’un nombre d’œuvres associant les noms de Marcelle Magdinier, Kateb Yacine, Mohamed Khaïr Edine, Nabil Farès, ou tout récemment Salim Bachi, auteurs qui ont soit réécrit sa vie, soit participé à l’élaboration, d’une façon plus ou moins consciente, d’une figure mythique qui se substitue au personnage historique, influant de la sorte la lecture de leurs textes.
Marcelle Magdinier retrace son parcours guerrier en soulignant que toute recherche d’une exactitude historique de son existence serait vaine et que cela importe peu. Qu’elle ait été la plus grande figure de résistance contre l’Arabe conquérant, Dihia, fille d’un chef de tribu, devenue elle-même chef de clan, a valeur de symbole qui traduit une très grande passion pour la liberté. Une femme insoumise, indomptable qui a « des yeux à voir ce que tout le monde ne voit pas, les yeux d’une inspirée, d’une Kahéna ». Marcelle Magdinier.
Le mythe de la Kahéna domine le récit de Nabil Farès qui, dans Mémoire de l’absent, met en perspective la trahison de Koceila par la Kahéna en prenant un conquérant pour amant, ce qui a provoqué l’éclatement de la tribu. Cet « métaphore » de la trahison reflète le discours historique qui a longtemps sillonné le statut de cette figure rendue mythique.
Nous la trouvons parfois valorisée quand il explique qu’ : « On raconte que les Tribus du Hidjaz furent arrêtées par la guerre de Kahéna », revalorisation de son acte de guerrière farouche. Il ajoute sur un ton regrettable, à propos de sa défaite : « C’est depuis cette époque que le pays est devenu plusieurs, et que, le Maghreb est devenu l’histoire de l’impossible royaume berbère ». Ainsi commença une nouvelle étape dans l’Histoire du Maghreb : le passage du paganisme à l’Islam.Ce roman est une plongée dans le passé le plus lointain du Maghreb où les Berbères se rebellent contre leur reine qui signa leur exil et errance.
Les romanciers maghrébins de langue française, et notamment Kateb, font l’éloge de sa résistance qui renvoie au rôle de la femme dans la société berbère, pré-islamique. Elle représente les valeurs de la lutte d’une femme dans les temps anciens. La Kahéna est la rebelle qui refuse la soumission jusqu'à la mort. L’introduction de ce mythe témoigne d’une valorisation de la figure féminine dans le passé du Maghreb même si parfois les versions rapportées la désacralisent.
Il en est ainsi dans La guerre de 2000 ans où intervient ce personnage de la Kahéna, qui, tel un oracle s'écrie :

(…) Ils veulent nous prendre notre pays.
Le seul Dieu que nous connaissons,
On peut le voir et le toucher :
Je l'embrasse devant vous
C'est la terre vivante
La terre qui vous fait vivre. La terre libre d'Amazigh !
Kateb Yacine.
Pour Kateb, le monde des femmes est un océan de secrets, un monde inconnu et il est temps de le mettre en lumière en montrant à quel point nous ignorons tout de nos femmes.
Par Kahina ou Dihya : « Il s'agissait de faire revivre la Kahina. Montrer son rôle, c'était montrer que les femmes jouent un rôle dans l'histoire (…) C'est montrer à quel point la femme a pu être libre dans le passé. La liberté pour nous est au passé au lieu d'être à l'avenir », disait Kateb.
Chez Salim Bachi, le mythe de la Kahéna est à la fois désacralisé et sacralisé. L’auteur revisite ce passé lointain voulant par là, expliquer son geste à la fois valorisé et dévalorisé selon les différentes versions qui en existent.
Elle est : « la Kahéna, la Traîtresse et la juive » explique la narratrice. Elle est aussi : « La sorcière des Arabes », les différents qualificatifs qu’on en donne. Mais elle affirme plus loin que :
"La Kahéna persistait dans la mémoire des indigènes comme la femme qui se refusa à eux et qui se dressa à rebours de la conquête musulmane. Ces mêmes indigènes oubliaient que La Kahéna étaient des leurs, puisque berbères, ils le furent tous et que tous se dressèrent contre l’envahisseur ; mais la mémoire des hommes, bien que sélective ou intermittente, n’en est pas moins une rouée qui se moque des oublis et des longs sommeils de l’âme".
Ces indigènes ne pardonnaient pas Bergagna, le colon maltais, d’avoir donné ce nom à sa maison. C’est son ouvrier qui lui a suggéré de la baptiser ainsi : « (…) il reviendrait bâtir sa maison, La Kahéna, dont le nom lui fut suggéré par un ouvrier, un Arabo-berbère, sans culture, ensauvagé comme ils l’étaient tous ».
Cette villa est bâtie sur les terres des Beni Djer, appartenait à ce colon maltais et portait le nom d’une guerrière farouche contre l’envahisseur, le contraste est flagrant, la narratrice en donne plus d’explication : « La Kahéna, étrange dénomination pour une maison de colon, quand on pense que cette reine berbère survivait dans les mémoires en raison de son acharnement à vaincre l’envahisseur ».
L’univers du Maghreb antique exerce une très grande fascination sur lui, un monde de mystères que reflètent le décor et les objets de cette maison mauresque qui fut sa plus belle réalisation et sa fierté : « La Kahéna, son royaume infini, combla mystérieusement ses manques ». Elle lui offre un autre horizon : un coffre berbère qu’il avait acheminé de Kabylie, un tapis retrouvé dans un bazar de Ghardaïa et d’autres objets antiques constituent son monde :
"(…) Un buste romain que la lumière du jour éclairait et caressait délicatement, une statuette votive dont il ne se souvenait plus et qu’il découvrait comme s’il l’eût inventée à l’instant, un coffre massif où racontait-on, les riches Berbère rangeaient leurs effets, il imaginait alors ces femmes qui l’avaient toujours fasciné, habillées de couleurs vives, chatoyantes, la tête ceinte d’un large foulard qui retombait sur leurs épaules, se penchant pour rechercher au fond du coffre un collier d’améthyste, ou un bracelet d’argent incrusté de nacre et de corail."
La fascination de cet univers et l’amour que porte ce colon à cette demeure et sa symbolique se trouvent en opposition cruelle par rapport au mépris et à la haine que vouent les indigènes envers leur reine et leur passé. L’ironie exprime mieux cette contradiction tragique qui fait rire et frissonner à la fois.
Mais malheureusement :
Morte, la Kahéna rejoignit les constellations, non pas le système étoilé qui s’agite sur les écrans des salles obscurs, mais, plus sérieusement, cet étrange sépulcre, lointain, inaccessible, où les dieux, redoutables, se maintenaient à une distance raisonnable des hommes », raconte la narratrice.
Ainsi, la Kahéna se transforma en mythe, ici le mot est pris au sens péjoratif, un récit imaginaire, voire une fabulation. Car les cyrthéens redoutent cette guerrière berbère dont « la geste était encore sur toutes les lèvres indigènes ». Elle sera rejetée et objet d’une amnésie volontaire à travers les siècles.
L’introduction de ce mythe se veut contre toute amnésie volontaire et tout reniement de l’histoire de ce passé antique. Revisiter le mythe, lui redonner sens et le redécouvrir afin qu’il prenne valeur dans le monde moderne, tel est donc le propos de cette incursion mythique.
L’écrivain plonge dans les temps les plus obscurs de l’Histoire du Maghreb et déterre des symboles, aussi emblématiques que mythiques. Voilà pourquoi dans les œuvres choisies, le mythe exerce une fascination car il traduit cette quête indéfinie des origines et de l’identité.
Pour certains écrivains, l’histoire est faussée, falsifiée, cachée. C’est ce qui le pousse à aller au fond des choses, souterraines et plus profondes. Et forcément, il foule le terrain du mythique où il retrouve une part de l’authenticité. Car le mythe répond symboliquement à des questions comme l'origine, et la plupart des mythes se réfèrent à une époque révolue, à un temps primordial considéré comme la matrice du temps présent. Par cette introduction mythique, il s’agit du retour d’un passé héroïque où les conquérants se sont succédés trouvant une résistance incarnée par des figures féminines telles la Kahéna, des croyances ancestrales et un amour patriotique. Le mythe revêt donc la forme d’une quête d’un passé ancestral, d’une femme énigmatique et mystérieuse.
Quoi qu’il en soit, le projet romanesque de ces productions s’élabore d’abord par la destruction des discours historiques, puis le démantèlement des «faux mythes», et c’est la légende qui vient combler le vide. Se sont des mythes touchant aux origines de la constitution arabo-berbère du Maghreb. Le mythe devient donc à la fois symbole et prétexte à une production.
Ainsi le sens de l’Histoire découlerait nom d’un discours explicite du texte, mais serait produit par le mythe introduit, et la symbolique qu’il véhicule. Les deux romans sont donc des textes producteurs d’Histoire, constitutifs d’une identité révolutionnaire. 

     Statue de la Kahéna, reine des aurès à Khanchla.

publié par Boughachiche. Myriam dans: www.mythologie

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